Fête du Doudou à Mons : Légende, Origine & Personnages !

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Lors de notre découverte de la charmante ville de Mons, en Belgique, nous avions fait la connaissance de la Ducasse de Mons, ou Fête du Doudou, cette tradition séculaire annuelle lors de laquelle la ville fête ses Saints et protecteurs, Sainte-Waudru et Saint-Georges défiant un horrible – mais pas tant que ça – dragon, symbolisant le Mal, aussi affectueusement appelé le « Doudou » !


Au sommaire de cet article


Il y a tant à dire sur cette célèbre fête que nous avons décidé d’y consacrer un article.

Depuis le 25 novembre 2005, tous les montois ont été récompensés de leur participation depuis plusieurs siècles à cette tradition populaire qu’est la Ducasse de Mons puisque celle-ci a été classé au patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO !

Tous les montois peuvent en être fiers. C’est grâce à eux que cette tradition perdurera et est reconnue mondialement à sa juste valeur. Qu’ils oeuvrent de près ou de loin à l’organisation de la fête, à la fabrication des costumes, ou qu’ils soient simplement présents dans l’immense foule venue acclamer leurs héros du jour, les montois ont largement contribué à cette reconnaissance et ont réussi à séduire les représentants de l’UNESCO. Ces derniers ont relevé la grande solennité des moments forts de la Ducasse, la grande ferveur populaire ainsi que la transmission de génération en génération.

« Il n’y a plus de castes sociales durant la Ducasse : tous les montois, notables ou ouvriers, se réunissent sur la Grand’Place et font la fête ensemble ».

Cette phrase, prononcée par l’une des sympathiques employées du Musée du Doudou, nous a beaucoup marqué et ce regroupement, cette abolition des frontières sociales, semble être l’une des raisons pour lesquelles la Ducasse est un évènement fort et transcendant.

Découvrez l’histoire de cette Ducasse de Mons et peut-être que, comme nous, cela vous donnera très envie de participer à l’édition 2019, qui aura lieu le 16 juin !

A Mons, une Ducasse surnommée Doudou

De nombreux pays d’Europe du Nord organisent annuellement de grandes fêtes patronales, appelées Kermesses – dérivant de la « Kermisse » néerlandaise signifiant « messe d’église »- ou Ducasses – dérivant du mot « dédicace ». C’est, en réalité, une fête dédiée à la célébration d’une église majeure ou, plus largement, la fête principale d’une commune ou d’un lieu.

Mons a donc hérité de cette tradition et a sa propre Ducasse. La première mention de cette fête date du Moyen-Âge ! De nombreuses processions sont attestées depuis le 11ème siècle. Mais, le 7 octobre 1349, une procession un peu particulière est organisée : cela fait plusieurs mois que la ville de Mons est en proie aux ravages de la peste. Les montois, désespérés, décident de processionner les Reliques de la patronne de la Ville, Sainte-Waudru, jusqu’aux Bruyères de Casteau, à 10 kilomètres de Mons où se trouvent les Reliques de son époux, Vincent.

Un miracle se produit alors puisque l’épidémie de peste est endiguée.

En signe de gratitude, et un peu par superstition ne le nions pas, les montois renouvelle depuis lors la procession chaque année mais à une date différente depuis 1352 puisqu’elle a lieu le dimanche de la Trinité.

A la Révolution, la fête est tout bonnement interdite et le chapitre de Sainte-Waudru aboli – heureusement, les chanoinesses ont eu le temps de mettre les Reliques de la Sainte en lieux sûrs – et ne pourra être célébrée de nouveau qu’en 1805 !

La Ducasse rituelle de Mons est appelée affectueusement « Doudou » en référence à son Dragon. Dans l’histoire de la Ducasse rituelle de Mons, que nous vous racontons plus bas, Saint-Georges défie le Mal, personnifié en un Dragon, appelé par les montois le Doudou. Ce terme, en patois, signifie « créature difforme » mais est tout de même emprunt d’une certaine tendresse et affection.

Célébration de Sainte-Waudru et de Saint-Georges

La Ducasse de Mons célèbre deux personnages qui ont joué un rôle majeur dans la vie de la ville: Sainte-Waudru et Saint-Georges.

Sainte-Waudru a vécu dans la ville de Mons au 7ème siècle. Née à Mons entre 612 et 625 dans une famille issue de l’aristocratie, son rang social lui a permis de vivre dans une certaine aisance et une certaine opulence.

Elle épousa très jeune un certain Madelgaire et eu 4 enfants : deux garçons, prénommés Landry et Dentelin et deux filles, prénommées Aldetrude et Madelberte (oui, bon, on a jamais dit qu’elle avait du goût en matière de prénoms!^^). Très aimante et protectrice, elle est souvent représentée avec ses deux filles qu’elle protège sous son large manteau.

Waudru et son mari étaient très pieux. Ce dernier décida même de se retirer au Monastère (et pris alors le nom de Vincent) et son épouse oeuvra grandement pour les plus démunis.

Elle établit un ermitage sur une colline, qui deviendra plus tard la ville de Mons. Elle sera rejointe par d’autres pieuses et, ensemble, elles accueillirent à l’ermitage pauvres, malades et pèlerins.

Depuis sa mort, les montois sont persuadés qu’elle veille sur eux et protège la ville.

Georges, pour sa part, serait, selon les historiens locaux, originaire de Cappadoce, notre actuelle Turquie, où il aurait vécu entre les 4ème et 5ème siècle.

Devenu célèbre martyr chrétien – de nombreux pays européens en ont d’ailleurs fait un symbole, comme l’Angleterre, et certaines villes le célèbre, comme Londres ou Barcelone – il s’est, avant sa mort, illustré dans un combat légendaire face à un Dragon.

Contrairement à d’autres Saints, comme Saint-Michel, par exemple, Saint-Georges est humain. C’est un cavalier et un soldat. Son combat contre le Dragon est métaphoriquement le combat du Bien contre le Mal. Ces figures sont très utilisées durant les deux guerres mondiales ! A Mons, la légende veut que lors de la Première guerre mondiale; Saint-Georges soit apparu aux côtés d’anges pour porter secours aux britanniques, défendant la cité.

Les 3 moments solennels de la Ducasse

Sur deux jours de cérémonie ont lieux trois temps forts: deux le premier jour et un le second.

Le premier jour, les montois et visiteurs peuvent assister à la descente de la châsse ainsi qu’à la transmission.

Le deuxième jour, la pose de la châsse sur le Car d’Or et son ascension sont le troisième moment solennel de la cérémonie.

La descente de la châsse

Le samedi de la Ducasse, à 20h précises, la châsse contenant les Reliques (les restes du corps) de Sainte-Waudru reposant dans la Collégiale du même nom au-dessus de l’autel, est descendue et processionnée dans la Collégiale par un cortège religieux flamboyant.

La châsse est ensuite déposée au coeur de la Collégiale, où elle restera jusqu’au lendemain.

La transmission

La châsse sacrée est, ensuite, symboliquement transmise par le Doyen de la Collégiale à la garde du Bourgmestre, dans un moment très solennel et codifié.

La transmission s’effectue sur l’air traditionnel du Doudou qui clôture cette première journée de cérémonie. La foule se masse alors pour pouvoir toucher ou simplement effleurer la châsse.

Ce rituel symbolise le retour de la Sainte parmi les siens, le peuple de Mons. C’est donc un moment chargé d’émotions pour les montois et très solennel.

Le Car d’Or

Le lendemain matin, la châsse est posée sur le Car d’or, ce magnifique Carrosse en bois d’orme et de tilleul de style Louis XVI immaculé orné de petits anges protecteurs. Ce sont les Hommes blancs et les Hommes de feuilles, acteurs du combat de Saint-Georges qui se déroule en fin de journée, qui sont chargés de ce dépôt. Cybèle, personnification de la cité ancienne, et Poliade, représentant, pour sa part, la cité moderne, distribuent ensuite des rubans aux couleurs de la ville aux autorités. Saint-Georges, quant à lui, reçoit en parallèle le sceau protecteur de Sainte-Waudru.

Ce rituel symbolise le lien fort qui doit être ardemment maintenu entre l’ancien et le contemporain, les traditions et la modernité, le passé et le présent.

A la fin de la procession, c’est une véritable liesse populaire qui se rue derrière le Car d’or ! L’enjeu est de taille, le Car d’or, sur lequel repose la châsse, doit gravir en une seule fois la rampe Sainte-Waudru, un chemin pavé et cahoteux qui passe devant la Collégiale sinon le malheure s’abattra sur la ville !

Heureusement, Mons peut toujours compter sur les participants et des milliers de mains se pressent derrière le Car d’Or pour l’aider à franchir cette rampe.

Le combat dit « Lumeçon » de Saint-Georges

Après cet épisode de la montée du Car d’or, un moment rituel très populaire se prépare. Au départ de la Collégiale, Saint-Georges et le Doudou rejoignent la Grand’Place pour se livrer un combat mortel !

Le dimanche matin, Saint-Georges se rend à la Collégiale pour la sortie du Car d’Or et y recevra des mains du Doyen le Sceau de Sainte-Waudru, qui le protègera durant le féroce combat.

Au moment où le Car d’Or sort, Saint-Georges et Sainte-Waudru se rencontrent alors et celui-ci la salue en brandissant son sabre.

Les personnages de Saint-Georges et du Dragon descendent ensuite la Rue des Clercs, qui mène à la Grand’Place depuis la Collégiale. Les montois assistent à ce défilé et peuvent voir Saint-Georges brandir son épée ou encore le « Doudou » donné de faux coups de queue, tout cela en respectant un certain protocole traditionnel. Même les coups de queue du Dragon doivent se faire à des moments précis !

Puis Saint-Georges entre dans l’arène aménagée sur la Grand’Place, entourés des Chin-chin en haie d’honneur et du Chin-Chin protecteur qui guide le héros. Il est ensuite imité par le Dragon.

Immédiatement, celui-ci donnent des coups de queue au-dessus du cavalier et du public, renverse tous les Chin-Chin. Saint-Georges se défend à coup de lance. L’un et l’autre évoluent dans des sens opposés : Saint-Georges dans le sens des aiguilles d’une montre et le Dragon dans le sens inverse. Saint-Georges tente alors de « ramener le Doudou sur le droit chemin » et, en le saisissant par la queue, de le mettre dans le sens des aiguilles d’une montre. Il n’y parvient pas.

Les Diables – servant le Doudou – et les Chin-Chin – servant le héros-, de leur côté, combattent également. Les uns armés de vessies qu’ils font tournoyer en l’air et les autres de leur carcasse qu’ils élèvent également.

A trois reprises, à coup de sabre et de lance, Saint-Georges tentera en vain de « ramener le Doudou sur le droit chemin », toujours réarmé par ces complices les Cybèle et le Chin-Chin protecteur. Aux grands maux les grands remèdes : un policier, aidé de Poliade, remet alors au héros un pistolet. Là encore, trois coups seront nécessaires pour parvenir à bout du Dragon et abattre notre pauvre Doudou !

Mais, pas d’inquiétude, il reviendra l’année prochaine :)

L’Doudou, chant populaire de la Ducasse

Jusqu’au milieu du 20ème siècle, il est donné au Dragon, bête maléfique, des allures repoussantes et disgracieuses.

Depuis les années 1970 les mentalités ont évolué et le Dragon n’est plus vraiment assimilé à un être diabolique. Il devient de moins en moins repoussant, voire même sympathique. Il est aujourd’hui très apprécié du public de la Ducasse et des montois !

Une chanson populaire et traditionnelle lui est même dédiée, hymne officiel de la fête du Doudou !

« C’est l’doudou c’est l’mama

C’est l’poupée, poupée, poupée

C’est l’doudou, c’est l’mama

C’est l’poupée St Georg’ qui va »

Le Doudou est une énorme bête en osier, avec une grande gueule et un corps couvert d’écailles vertes et noires. Il déploie également deux grandes ailes, pareilles à celles des chauve-souris. Sa longue queue, en bois, est recouverte de crin que les montois prennent un malin plaisir à arracher pour leur porter bonheur !

Le Musée du Doudou, endroit privilégié pour faire connaissance avec cette belle tradition

Construit sur le Mont-de-piété (autrefois « banque de charité » qui prêtait de l’argent contre le dépôt d’un objet personnel), le Musée du Doudou a été aménagé en 2014 et ouvert en 2015, pour la plus grande joie des montois et des visiteurs qui peuvent ainsi comprendre ce qu’est la Ducasse rituelle de Mons, ainsi que les fondements de ses grands moments, comment elle s’organise et découvrir tous les personnages importants de la cérémonie.

Allez-y, c’est hyper intéressant et vous y serez en plus très bien accueillis.


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